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Ignace a troqué les Ardennes pour les Laurentides

LaPresse

Dans la salle principale, un grand poêle noir dégage une belle chaleur, fort bienvenue en cette nuit de 23 décembre sans neige, mais frisquette. Cette douceur de vivre est courante en auberge, mais qu'est-ce qui fait qu'on se sente ici, Chez Ignace, dans un lieu un peu à part? Puis on trouve.

C'est qu'on ne les remarque pas tout de suite ces bêtes naturalisées accrochées aux murs. Voici à gauche une martre à dos singulièrement arqué. À droite, c'est une loutre discrète. Ailleurs, la hure féroce d'un sanglier se détache du décor. Près de la porte, une buse, tout corps bandé, toutes ailes déployées, s'apprête depuis son bout de branche à filer élégamment sur la proie repérée, là-bas, dans un repli des Ardennes.

Ces bêtes naturalisées, Ignace et Yolande Denutte les ont apportées, il y a trois ans, de leur Belgique natale pour les offrir au regard du dîneur dans leur sympathique auberge de Lac-Nominingue, qui jouxte le parc linéaire du P'tit Train du Nord. Dans le fond des Ardennes, en pays de Bastogne, il y avait comme ça des martres, des loutres, des sangliers et des buses. Il y avait aussi des renards d'un type particulier: un naturaliste de Saint-Jovite a proposé à Ignace de lui en échanger un contre un ourson noir laurentien, qui trône désormais Chez Ignace près de l'abreuvoir familial.

Pour les Denutte, le transfert des Ardennes aux Laurentides ne fut pas une révolution. Ardennes et Laurentides, mêmes vieilles montagnes à dos ronds. La grande différence c'est l'hiver plus long et plus neigeux ici, et des plans d'eau parfois magnifiques comme ce superbe lac Nominingue. Ardennes et Laurentides, même pays solitaire aussi: là-bas, dans l'arrière-pays de Bastogne, on pouvait se sentir un peu comme dans une sorte de Chibougamau belge.

"Ç'a été dur de s'adapter?

- Pas vraiment, de dire Ignace. Dans le pays de Bastogne où nous tenions auberge, il y avait une trentaine de ménages. C'est encore moins que Lac-Nominingue. Et ce qui facilite les choses, c'est que le contact avec les gens ici est beaucoup plus rapide que là-bas."

Ce qui aide aussi, c'est cet autre ménage d'aubergistes belges, les Otto, qui, un peu avant que n'arrivent les Denutte, ont pris possession des Demoiselles, de l'autre côté du lac, les deux auberges offrant aujourd'hui une grande qualité d'hébergement et de table qui rehausse les standards de toute la région.

Les Denutte et leurs trois garçons, 17, 16 et 8 ans, se trouvent bien à Lac-Nominingue. Le plus jeune viendra raconter sa petite vie quotidienne à sa mère tout à l'heure avant le coucher, devant l'âtre, pendant que je fais un brin de conversation avec Ignace après le repas.

Pour Ignace, ce n'est pas la première transplantation. Flamand d'origine, il a épousé une Wallonne et a découvert le français à 20 ans. Là-bas, les Denutte avaient pourtant monté une belle affaire; une vingtaine de chambres, des dîners à 60 couverts à l'occasion. Mais tout ça faisait un peu usine. Ignace rêvait d'être aubergiste. Une sœur d'Ignace a pris la relève pendant que lui, Yolande et les enfants prenaient le chemin de Lac-Nominingue. "Une maison que j'ai achetée en dix minutes", dit-il. Pas très belle au départ, mais assez vaste et près du lac. La maison fut jadis magasin général avec bureau de poste, près de l'ancienne gare de Bellerive, sur le circuit du P'tit Train du Nord.

La surprise d'Ignace, ce fut que la piste cyclable née de l'ancienne voie ferrée apportât rapidement la première clientèle de la maison. Ignace montre avec fierté les photos de la maison dans son évolution: 1996, 1997, 1998, 1999. Aujourd'hui, elle est recouverte d'un nouvel étage qui abrite le ménage, les cinq chambres du premier étage étant désormais offertes à la clientèle de passage.

C'est Yolande qui accueille les clients, avec simplicité et chaleur. La personne s'ajuste admirablement. Un brin de conversation devant l'âtre, puis elle laisse les clients à leur apéro et à leur intimité. Dans l'ambiance crée par le bois qui brûle s'ajoute le murmure de chansons de Jacques Brel. Puis arrivent le menu, la carte des vins - modeste, mais correctement montée - et cette idée toute simple mais tout à fait originale: la carte musicale. Les dîneurs choississent leur accompagnement sonore, de Céline Dion à Von Karajan, en passant par des blues de Louis Armstrong.

Viennent les plats, on comprend qu'Ignace ait préféré son rôle d'aubergiste à celui d'hôtelier. Un passionné de cuisine, Ignace. De présentation aussi. Chaque plat est une fête pour l'œil.

L'entrée choisie ce soir-là en table d'hôte réconciliait, à deux jours de Noël, avec cette coutume un peu usée de la tourtière. Ignace a vite compris cette particularité locale: il a voulu y apporter une touche personnelle. Ignace revêt d'une croûte souple, presque vaporeuse, un hachis de sanglier au granulé fin qui a peu à voir avec le plat traditionnel. La crème de légumes conservait des petits éléments croquants, dont trois petites têtes de brocoli décorant subtilement le plat. Le filet de poulet à la sauce à l'estragon était irréprochable.

Mais peut-être me suis-je trompé dans mes choix: Ignace avouera plus tard qu'il a un faible, comme chef, pour les gibiers et les fruits de mer, qui effectivement forment le cœur du menu.

Là-haut les chambres sont un peu petites, mais décorées de très bon goût. On a conservé là où cela était possible les anciennes lattes de bois en honneur dans les constructions d'époque. Chaque chambre est équipée d'un lavabo et d'une douche. L'une offre même une baignoire à remous. Le dîner en table d'hôte, la nuitée et le petit déjeuner font 55 $ par personne en occupation double, 150 $ pour trois nuits et 280 $ pour six nuits. La carte des vins s'arrête à 35 $.

Auberge-restaurant Chez Ignace
1455, chemin Bellrive sur le lac
Lac-Nominingue, Qc J0W 1R0
Téléphone: (819) 278-0689
Sans frais 1-877-278-0677